Carnet de route

ARAVIS 2019

Le 27/04/2019 par Yves COSTES

ARAVIS 2019

Julien, le plus Commingeois des Vosgiens (bien qu'il vive en Savoie) nous a organisé un séjour de randonnée à ski tout près de chez lui, dans la chaîne des Aravis, massif qu'il connaît bien pour le parcourir tous les ouiquendes, depuis plusieurs années...

Dimanche 17 Mars :

Croisse-Baulet, un nom qu'on ne trouverais pas chez nous ! Le vent nous assaille depuis que nous remontons cette croupe. Au loin, on aperçoit le Mont Blanc caché par un gros lenticulaire, mais on peut reconnaître l'aiguille du Goûter. J'arrive enfin au petit sommet, un grand dôme tout plat. Les autres sont déjà en train de descendre vers le col d'Avenaz. Julien m'attend juste pour m'indiquer de ne pas sortir les peaux pour descendre. Il part aussitôt en skating. Je le suis en poussant sur les bâtons et en luttant contre le vent. Au col, je retrouve les autres blottis derrière un buisson tentant sans y parvenir, de s'abriter. Une gorgée de thé et un biscuit plus tard, nous repartons vers le grand sommet. Nous remontons une large combe et le vent y est moins violent. Le groupe se disperse, chacun empruntant la trace qui lui convient. Il y en a partout et de toutes sortes. Deux cent mètres de dénivelé nous amènent au sommet. Le dépeautage se fait rapidement et la descente commence dans une neige humide et travaillée par le vent, somme toute assez mauvaise. Nous nous retrouvons derrière notre buisson pour grignoter un morceau et remettre les peaux . Il faut remonter au petit sommet pour prendre une descente intéressante sur le versant sud-est. C'est de nouveau la lutte contre le vent avant de basculer, enfin à l'abri, dans la pente. La descente évoque une fin de saison. D'abord correcte, la neige devient vite lourde, gorgée d'eau puis rare au point de skier sur l'herbe. Nous arrivons au fond du vallon ou une passerelle nous attend pour traverser le ruisseau. Celle-ci mesure 80cm de large et plus d'un mètre de neige la recouvre ! C'est avec mille précautions et le risque de tomber à l'eau deux mètres plus bas que nous traversons... Il ne reste plus qu'à remonter jusqu'à la piste de ski pour donner l'impression de savoir skier …

Julien nous a trouvé un chalet mignon tout plein au village des Clefs, juste au dessus de Thone, dans le quartier du Fraizier. C'est là que nous passerons la semaine, face à la Tournette que nous ne quitterons pas du regard. Cette première journée nous a un peu éprouvé, mais si le baromètre est un peu bas, le moral lui est au beau fixe. Nous savons que bientôt le soleil sera de retour.

Lundi 18 Mars :

Il a neigé pendant la nuit et les nuages nous enveloppent. Nous partons tout de même, dans l'espoir de percer la couche. Direction le col de Plan-bois à quelques kilomètres de la maison, pour gravir le Sulens, un modeste sommet de 1800m. Le soleil est au rendez-vous et la montagne a une allure d'hiver. Nous partons par une piste forestière qui nous amène à une ferme d'alpage couverte de neige. Nous prenons une croupe jusqu'au Petit Sulens. Julien nous a promis une belle descente dans la forêt. Nous y sommes donc. Nous glissons vers le sud, sur une belle couche de fraîche entre forêt et pâturages, jusqu'à une piste forestière. Une heure plus tard nous sommes de nouveau sur le sommet. Nous entamons la descente mais certains trouvent qu'ils n'ont pas leur compte. Julien qui n'est pas à court de ressource leur propose d'aller chercher la combe nord, avec ses pentes raides. Mathilde et moi pensons qu'en rajouter serait de la gourmandise, alors nous rentrons sagement au chalet...

Le neuvième larron nous a rejoint, en la personne de Eve-Anne, une adorable Vosgienne qui ne manque ni de fantaisie ni d'humour.

Mardi 19 Mars :

Ça y est ! Le beau temps est là et il faut en profiter. Au programme , la Tournette. Elle nous fait face et on la voit de partout, alors il faut y aller. Pour ma part, je la connais depuis presque un demi-siècle, je l'ai souvent admirée, longtemps espérée, parfois approchée mais jamais gravie...

Dix minutes de route nous mènent à pied d’œuvre. C'est bien d'être sur place ! Nous garons les voitures le long d'une petite route à 900m d'altitude. Là, c'est à croire que tous les skieurs de la région se sont donnés rendez-vous ici. Nous pensions naïvement qu'en dehors des vacances il n'y aurait que nous dans les montagnes mais c'était mal connaître les mœurs des savoyards...

Nous partons dans la forêt, par une piste très raide couverte de bosses qui laisse présager d'une descente « Rock&Roll ». Nous gravissons ainsi 500m de dénivelé et nous sortons enfin de la forêt. C'est maintenant sur un relief vallonné que nous progressons. La neige est froide, abondante, la trace est bien faite : bref, la vie est belle. Nous atteignons un grand plateau peu pentu que nous traversons pour prendre une combe très redressée qui nous amène au dernier étage de l'édifice. Le dernier bastion a l'air de présenter de la résistance. Il faut troquer les skis contre les crampons et le piolet. Nous gravissons un couloir très raide, croisant quelques personnes qui redescendent, très mal à l'aise sans équipement... Une échelle de trois mètres de haut nous permet d'accéder au sommet. De l'autre coté, le lac d'Annecy s'étale dans la brume et au loin un ourlet de neige marque l'horizon : c'est le Jura. A l'est, nous reconnaissons la Vanoise, le Beaufortin et le massif du Mont Blanc. Après quelques photos, nous retournons rechercher nos skis pour profiter d'une magnifique glissade dans la poudreuse jusqu'à la lisière de la forêt. La suite est beaucoup plus chaotique. Ils appellent ça du « crosse bordingue »... ou quelque-chose comme ça ! Enfin, c'est une activité où certains s'amusent mais où d'autres serrent les fesses.

Mercredi 20 Mars :

Julien souhaite nous faire découvrir toute les ressources du massif. Il a choisi aujourd'hui de nous amener plus au nord, dans le massif du Bargy : la Pointe du Midi.

Au départ du Grand Bornant, nous prenons la route du col de la Colombière, couverte de neige dure. Les couteaux sont mis dès le départ. Heureusement qu'au col, nous bifurquons vers le soleil et nous trouvons vite une neige plus souple. Beaucoup de monde se trouve sur l'itinéraire, comme les autres jours.

Nous remontons un vallon avec des passages un peu soutenus. Un skieur de rencontre m'aide à remettre mes couteaux après que je lui ai moi même mis les siens. Plus haut, le vallon s'ouvre très largement sur des pentes magnifiques qui mènent à différents sommets : Pic de Jalouvre, Pointe Blanche, Balafrasse et la Pointe du Midi sur la droite qui se distingue par des parois élancées. L'itinéraire à ski se faufile par un couloir de plus en plus raide jusque sur la crête. Puis une arête effilée conduit au sommet. Je décide de m’arrêter à une centaine de mètres sous la crête, la pente devenant trop raide pour mes capacités à faire les conversions. J'entame la descente alors que les autre gravissent, en crampons, les derniers rochers qui mènent au sommet. Nous nous retrouvons un casse-croûte plus tard, sur un petit tertre non loin du col de la Colombière. Bien que le soleil soit chaud, la neige se maintient bien, décaillant juste ce qu'il faut pour une descente excellente. Un retour tranquille nous ramène aux voitures et nous buvons une bière (ou peut-être deux) sur une terrasse ensoleillée.

Jeudi 21 Mars :

On ne pouvait pas séjourner dans les Aravis sans visiter ses Combes, car elles occupent toute la partie nord du massif, bien peignées, toutes dans le même sens : orientées vers le nord-ouest, comme pour mieux ramasser tout ce que les nuages peuvent apporter de neige et de froid. C'est là que la station de La Clusaz a lancé ses câbles tentaculaires vers toutes ces pentes attirantes mais en a épargné une bonne partie. C'est là que Julien nous mène aujourd'hui pour aller parcourir une des plus belles et des plus lointaines, la Combe de Tardevant.

Comme d'habitude, le parking des Confins est déjà plein lorsque nous arrivons au départ. C'est vraiment à croire que les Savoyards ne font que du ski de rando durant toute la semaine et travaillent le Ouiquende...

Nous partons par une piste horizontale qui passe sous la Combe des Grands Crêts, celle de Paccaly pour enfin arriver aux chalets de Tardevant. Jacquou et Fred nous ont faussé compagnie pour aller gravir un petit couloir depuis la combe de Paccaly et nous rejoindre par une descente dans le couloir Tchadar, un goulet si étroit qu'il faut skier en rentrant les coudes pour ne pas se les écorcher sur le rocher...

La combe de Tardevant est un large vallon qui monte en pente douce et qui convient très bien au reste du groupe. Nous faisons une halte au lac de Tardevant puis nous repartons vers un petit col au pied de la Tête de Paccaly. Il était prévu de traverser sur la combe voisine, mais Julien a jugé que les conditions n'étaient pas assez bonnes. Nous redescendons donc du même coté dans une neige poudreuse à souhait. Après un casse-croûte sur un replat au soleil, nous remontons vers la pointe 2415 pour dévorer encore de la poudreuse et couvrir de nos volutes tout une pente encore vierge.

Nous aurons jusqu'en bas de l'excellente neige et le retour s'effectue sur la piste horizontale, en poussant sur les bâtons...

Vendredi 22 Mars :

Julien a gardé le meilleur pour la fin, une sorte de gros dessert : Le Mont Charvin au sud du massif, tout près de la maison. Il nous faut un petit quart d'heure pour être à pied d’œuvre. Nous partons de La Savatte (un nom qui nous a fait bien marrer quand, ado, je campais dans le coin avec les copains en 1966).

Une voiture est déjà là, une vieille 205. Deux « papys » s'équipent et l'un d'entre nous suggère qu'ils doivent être équipés de « Silvretta-tour 400 »* montés sur des « yéti »* et en nous approchant, nous constatons que c'est vrai ! Ils ont même des chaussures Koflach de 1984*...

Nous montons par des prairies où la neige le dispute avec l'herbe qui reverdie.

Plus haut, nous croisons quelques fermes d'alpage et le Charvin, seigneur des lieux, se découpe en silhouette, face à nous. Plus à gauche, s'ouvre le vallon de la Tulle aux pentes avenantes. Je fais part à Julien de ma préférence à aller par là-bas plutôt qu d'affronter les pentes raides et durcies de l'objectif du jour. Il me donne une radio et nous nous donnons rendez-vous au chalet de l'Aulp de Marlens juste en dessous du sommet.

Je retrouve les deux papys à l'équipement archaïque au col de la Tulle et nous convenons ensemble que le mont Charvin, aujourd'hui, nous avons passé l'âge !

Au bout d'un petit moment, je les vois avec effroi, entamer la descente sur une neige qui n'arrive pas à décailler, malgré le soleil généreux. Leurs antiquités de skis crissent sur les traces durcies, mais ils arrivent tout de même à esquisser les premiers virages. J'ai, finalement, intérêt à attendre encore. Après tout, il n'est pas encore 11 h. Je profite de mon temps en réalisant une aquarelle et je commence à préparer mon matériel pour la descente. La neige est encore dure mais un peu plus bas, à en juger par les traces que laissent les gens qui montent, cela doit commencer à être intéressant.

Effectivement, si les premiers virages sont un peu « contractés », bien vite je me détend et je vire avec plaisir dans une large combe, jusqu'au plateau de l'Aulp de Marlens ou nous devons nous retrouver. Devant la porte du chalet j'arrive à établir une liaison radio avec Julien. Ils se trouvent sous la crête faîtière et finissent la montée en crampons sur une pente très raide. J'aperçois en effet, un groupe de petits points qui gravit la pente. Un moment après Julien m'annonce qu'ils sont au sommet. J'ai le temps de faire deux aquarelles de plus avant qu'ils n'arrivent.

Une rafale de skieurs fondent sur le chalet et s'arrête par un virage sec, faisant éclabousser la neige ramollie. A leur mine réjouie, je vois que la victoire sur le Charvin a été notoire : formalité pour certains, affaire rude pour d'autres...

Nous partageons le dernier casse-croûte du séjour puis entamons l'ultime descente dans une neige qui nous laisse penser que le printemps n'est pas loin...

Épilogue :

Après le Charvin, le retour se fait rapidement au chalet et chacun s'affaire à préparer ses bagages, se raser, se pomponner car la journée n'est pas finie. En fin d'après-midi, Teddy et Ilona nous rejoignent. Ils sont dans la région, en « voyage d'affaire ». Julien nous a trouvé un petit restaurant d'altitude (il fallait ça pour un tel séjour) au dessus de La Clusaz, « à une heure de marche » nous a-t-il dit. En fait personne n'y croit vraiment et chacun pense qu'on en aura pour un quart d'heure. Nous avons loué des « parets », sorte d'engin mi-luge, mi-monoski pour redescendre plus vite après le repas !...

Une bonne heure et 350 m de dénivelé plus haut, nous arrivons guidés pour les derniers mètres, par des lampions solaires dans un chalet cossu et chaleureux où une fondue savoyarde nous attend. Le repas est délicieux, léger contrairement à tout attente et le dessert savoureux, arrosé d'une goutte de génépi.

Puis vient la descente. Je dois avouer que je n'ai pas pris l'option « paret », mais que je me suis bien amusé à regarder ces bolides dévaler au raz du sol dans un équilibre précaire, les frontales faisant office d'éclairs ou d'étoiles filantes. De loin, on ne savait pas si c'était une descente aux lampions, ou l'épreuve du Turini au rallye de Monte-Carlo...

Comme on peut le lire entre les lignes, Julien a été l'instigateur, la cheville ouvrière et somme toute l'homme-orchestre du séjour. Trouver une location, préparer des menus pour satisfaire tout le monde, choisir des itinéraires intéressants, faire les courses, la cuisine, la vaisselle, le ménage, raconter des histoires drôles et prendre l'apéritif, choisir une marque de bière, un marchant de fromage ou un bon resto : il sait tout faire ! Et pour tout cela, tout le groupe se joint à moi pour le remercier chaleureusement...

 

Le 14 Avril 2019, Yves Costes,

*: « Silvretta-tour 400 »*« yéti »* chaussures Koflach de 1984. : Le must du matériel des années 80. Mais comment ont-ils pu conserver des chaussures de cet âge en bon état ? Nous avons été cependant étonnés qu'ils utilisent des peaux autocollantes et non à lugeons ou à sangles !...







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