Carnet de route

Haute route du Luchonnais

Le 31/10/2019 par Yves COSTES

Un groupe du club a parcouru cet été, un itinéraire à travers le massif du Luchonnais en gravissant quelques uns de ses sommets. Voici le récit de leur aventure :

Haute Route du Luchonnais

Le massif de Luchon possède la plus grande concentration de sommets de plus de 3000m, dans les Pyrénées.

C'est pour se rapprocher de ces hauts sommets que nous avons élaboré un itinéraire qui reprend en partie celui de la HRP. Mais tandis que cette dernière, à mi-massif, part faire une visite à l'Aneto, nous sommes revenus au nord de la crête frontière.

En trois jours et demi, nous avons parcouru le massif d'Ouest en Est, avec environs 3000m de dénivelé positif. Cela ne représente pas une performance sportive exceptionnelle, mais l'on peut dire que nous avons visité le haut massif en profondeur et que nous pouvons avoir une idée précise de sa configuration.

Jeudi 4 Juillet : le départ est donné du Pont de Prat, vers 13h30, au fond de la vallée de Louron. Après un pique-nique à l’ombre des noisetiers, nous montons dans la forêt de sapins. Nous apprécions la fraîcheur de l’ombre, par cette journée très chaude. La gorge de Clarabide nous mène jusqu’au refuge de la Soula. C’est une grosse bâtisse faite pour abriter les employés de la SHEM, qui gère les installations hydro-électriques. Nous sommes dans un univers semi-industriel, entourés de câbles de téléphériques,de rails Decauville et de tuyaux de conduites forcées. Un hélicoptère fait des rotations pour amener ou évacuer des ouvriers…

Vendredi 5 Juillet : Nous partons de la Soula à 7h00 et montons par un très bon sentier, au lac de Caillaouas, pour gagner le vallon des Gourgs Blancs. Nous longeons successivement les différents lacs des Isclots étagés tout le long de l’itinéraire pour venir buter sur la moraine qui barre l’accès au col des Gourgs Blancs. Par une pente raide dans un pierrier instable et pénible nous rejoignons le lit de l’ancien glacier qui n’est réduit qu’à une petite pente de glace blottie contre les parois de granite du Pic des Gourgs Blancs. Des névés résiduels nous permettent de progresser plus aisément et en crampons, jusqu’au col. Le paysage s’ouvre sur le cirque d’Espingo. Le Quayrat, le Lézat, les Crabioules sont face à nous, plus à droite, le Perdighero, le Pic du Portillon, le Seilh de la Baque, le Pic Arlaud et les Gourgs Blancs. Mais pour l’instant, c’est le sommet sur notre gauche qui nous intéresse : Le Pic Gourdon. C’est un « tout juste 3000 », 3034 pour être précis. Mais il n’attire jamais les foules car on lui préfère bien sûr, son grand voisin, les Spigeoles. Après une rude montée qui nous a pris près de cinq heures, nous nous en contenterons. Mais d’abord, il faut casser la croûte. Un jeune homme descend du sommet et nous rejoint. Il n’a pas osé l’atteindre, impressionné par l’arête sommitale. Nous décidons de monter voir… Nous trouvons d’abord, un crête caillouteuse puis quelques rochers faciles à surmonter puis la crête s’affine et il suffit de chevaucher les blocs de granite pour atteindre le sommet.

L’étape n’est pas terminée. Il faut rejoindre le refuge du Portillon en descendant du col des Gourgs Blancs. Nous montons au col du Pluviomètre et traversons sous la Tusse de Montarqué. Pour rejoindre la trace qui nous mène au refuge. Un bon repas nous attend et Régis le gardien,nous prodigue quelques conseils pour l’étape suivante…

Samedi 6 Juillet : 5h15, nous nous levons et allons déjeuner. Le jour commence à peine à pointer. A six heures, les sacs sont bouclés et nous traversons le barrage. Le sentier est taillé en corniche à l'aplomb du lac, puis monte dans des rochers par une vague sente. Plus haut, nous traversons le vallon de Literole par quelques éboulis ainsi qu'un névé qui plonge en contrebas dans le lac. Une corniche encombrée de gravas nous permet de rejoindre la moraine croulant de l'ancien glacier du Portillon. Au dessus, nous abordons les névés. La neige est dure, nous chaussons les crampons. Nous ne les aurons pas transportés en vain. Notre groupe s'étire dans la pente. C'est le deuxième jour dans du terrain exigeant et chacun ressent la fatigue. Nous trouvons le soleil au col ainsi qu'une vue grandiose sur le vallon de Literole et le massif de l'Aneto. Après une petite pose et le déchaussage des crampons, nous entamons la montée vers le sommet du Perdighero par une crête rocheuse peu difficile composée de gros blocs de granite. Du sommet, nous découvrons le massif les Posets, second sommet des Pyrénées.

Deux personnes nous rejoignent. Nous faisons ensemble un tour d'horizon avant d'entreprendre la descente laborieuse dans une pente de gros éboulis. Tout à coup un roulement de pierres au dessus de nous ! Chacun s'éloigne du couloir ou nous nous trouvons sans même chercher à comprendre ce qui se passe. Le pierrier gronde et vibre sous nos pieds, un odeur de poudre se répand et la poussière nous entoure. Chacun cherche d'un regard inquiet ses camarades... ouf, personne ne manque ! Gilles qui était dernier de notre groupe, explique l'incident : un des deux hommes qui nous avait rejoint a malencontreusement fait basculer un rocher qui a entraîné tout un éboulement qui aurait bien pu blesser l'un d’entre nous.

De retour au col nous grignotons un morceau et nous faisons le point. Nous avions prévu de suivre la crête du Royo jusqu’au col Inférieur de Literole, mais les troupes déjà entamées par la journée de la veille, sont un peu réticentes pour ajouter du dénivelé. Nous décidons de descendre sur le lac de Literole. Une pente enneigée, un peu raide au départ, nous permet de perdre de l’altitude vers le lac, puis nous traversons au niveau de la côte 2800m vers le nord pour remonter au laquettes supérieures qui sont en partie sous la glace, donnant une couleur turquoise du plus bel effet. Après quelques hésitations sur l’opportunité de manger, nous décidons de continuer notre chemin vers la croupe qui nous mène sur la crête frontière. Nous reprenons donc de l’altitude jusqu’à 3040m. Le terrain présente une succession de névés et d’amas de roches et nous atteignons la crête par un gros éboulis. Il est plus de 13h et enfin, nous cassons la croûte. Des Espagnols qui nous ont précédé, entament la descente vers leur pays. Nous admirons le cirque des Crabioules qui s’étend sous nos pieds. Il y a encore pas mal de névés qui vont bien nous rendre service pour rejoindre le refuge du Maupas. Mais tout d’abord, nous devons rejoindre le col des Crabioules en suivant la crête vers l’ouest. Un peu escarpée, un peu croulante, elle ne nous attire pas franchement. Nous remarquons un cairn en contrebas du versant nord. Peut-être peut-on descendre directement sur les névés ? Nous prenons la pente sur un pierrier très instable et chacun déploie tout son talent d’équilibriste pour ne pas déclencher une chute de pierre.. D’autre cairns nous incitent à continuer dans la pente excessivement raide et instable. On ne devrait jamais suivre des cairns posés là sans raisons ! Nous gagnons enfin le bas de la pente. Le sol est un peu plus stable et nous approchons le névé. Nous prenons pied sur la neige avec soulagement. À l’aide des piolets nous descendons en sécurité et nous nous regroupons sur une banquette entre les pics des Crabioules et du Maupas. Il nous suffit de descendre par la neige dans le cirque. Au moment ou les névés se terminent nous remontons par une pente rude sur un brêche de la crête nord du Maupas, marquée par un drapeau arc-en-ciel. En 20minutes nous sommes enfin au refuge ou Leah nous accueille avec son grand sourire et ses beaux yeux bleus. Aujourd’hui c’est la foule au Maupas ! Un groupe de gens est déjà installé sur la terrasse et d’autres arrivent de la vallée. Nous entamons une conversation intéressante avec le responsable fédéral des travaux de la FFCAM, Florent Roussy. Il nous apprend toutes sortes de choses sur les projets du Caf pour les refuges. Nous disons notre étonnement devant tant de monde ici à Léah qui nous apprend que c’est ainsi tous les week-ends depuis le début de la saison. Nous nous installons donc rapidement dans le dortoir, avant qu’il n’y ait plus de places, puis tant que le soleil est là, nous allons faire une toilette réparatrice au bord du lac. Le refuge est bondé et le repas se fait en deux services. Après avoir admiré l’habituelle mer de nuages, nous allons nous coucher et on s’endort avant même que cesse le va-et-vient.

Dimanche 7 Juillet : Le petit déjeuner vite avalé dans la cohue du départ, nous prenons congé en regrettant l’absence du pain grillé comme l’année dernière. Trop de monde ! nous rétorque Leah…

Le lac bleu est vite atteint sous un ciel chaotique, mais nous savons que la journée doit être belle. Et puis c’est le dernier jour et l’étape comporte moins de dénivelé que les autres jours. Après être passé sous le Pic des Graoues, nous passons au lac Charles et continuons vers le lac Celinda. Les marmottes sifflent à notre passage, quelques moutons s’éparpillent autour du lac. Nous montons par une pente courte mais rude jusqu’au lac du Port Vielh. Le sentier a disparu depuis un bon moment, mais des cairns nous guident efficacement vers le port Vielh. Nous devons remonter une forte pente d’éboulis schisteux jusqu’à une brèche profonde. Nous découvrons le massif de l’Aneto, encore plus proche que la veille, et la vallée des Agualluts. Nous devons rejoindre le lac des Gourgouttes pour remonter au Port de la Glère et basculer sur le versant Nord. Une pente raide dans un éboulis croulant nous attend. Les lauzes couleur rouille glissent bruyamment sous nos pieds. Nous parvenons à une zone herbeuse et partons en traversée sous le pic de Sacroux. Plus loin nous apercevons le lac en contrebas . Il nous faut donc descendre une pente herbeuse par des sentes de moutons. Nous faisons halte au bord de l‘eau pour casser la croûte. De gros nuages courent dans le ciel, jouant avec le soleil. Cela donne des couleurs magnifique à l’étendue d’eau. Quelques randonneurs espagnols passent, venant de l’hospice de Venasque, tout près.

Il est temps de repartir pour boucler notre périple. En vingt minutes nous sommes au Port de la Glère et nous entamons la descente vers l’hospice de France. Le chemin est très large et les virages sont solidement maçonnés. On peut imaginer qu’il y a longtemps, ce passage devait être très emprunté et devait même pouvoir accueillir des charettes. Plus bas, un névé barre le chemin. Il faut une fois de plus utiliser le piolet afin de descendre en sécurité sur la neige dure. Nous reprenons le sentier noyé dans une abondante végétation fleurie à souhait. Les lacets se succèdent et nous faisons une halte au cirque de la glère ; il ne nous reste plus que le chemin de l’Impératrice, désespérément plat et nous voilà à l’hospice. C’est l’ambiance des grands jours : des banderoles et des rubans sont tendus un peu partout. Que l’on se rassure, tout ce tintouin n’est pas pour nous, mais pour le fameux Trail de l’Aneto, qui se termine aujourd’hui. Toute cette kermesse nous est indifférente. Ce qui nous intéresse pour l’instant, c’est une bonne bière et une excellente coupe de glace…

Épilogue : après nous être sustentés, nous revenons à une vie plus terre à terre et nous devons penser au retour. Nous devions attendre la navette pour nous ramener à Luchon, mais cela nous oblige à l’attendre pendant une heure. Nous avisons des voitures de touristes qui redescendent et en quelques instants, tout le groupe est embarqué dans différentes autos. Nous nous regroupons au pied du télécabine ou Gilles a laissé sa voiture. En quelques dizaines de minutes, nous revoilà au point de départ ou nous nous séparons en se promettant de se retrouver pour d’autres aventures.

Avec : Mireille COSTES, Annie DUCLOS, Jean-Pierre BOY, Jean ROGNANT, Gilles POLLINI,

Franck GAIGNARD et Yves COSTES.

 







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