Carnet de route

A chacun son arète des trois Conseillers

Le 03/11/2007 par
En automne 1973, j’ai gravi pour la première fois l’arête des trois Conseillers, avec des camarades du CAF.
Voici le récit que j’en ai fait à mon retour
:



L’arête des trois Conseillers

Dimanche 20 octobre, 4 heures du matin.
Je retrouve Jeannot Lassalle, André Chaignon, Jean Pierre Boutonnet, Alain Cassé et « Alain ? »1* devant la M.J.C…
A 6 heures on décolle de Cap de Long, via les terrasses et la Brèche du Neouvielle. Le lever du soleil est magnifique sur le lac, le Pic Long et le Campbieilh : la journée commence bien
Enfin, à neuf heures et demi, nous arrivons à la brèche, au lieu de huit heures comme le souhaitait Jeannot.
Il y a trois autres cordées qui ne vont pas nous gêner car ils nous ont vite dépassés. Les grimpeurs de deux cordées nous affolent: ils grimpent sans s’assurer ! Ou ils sont inconscients, ou ils sont super champions. A les voir grimper, nous avons optés pour la première solution 2*.
La troisième cordée était composée de deux gars qui, eux, savaient grimper. Je connaissais l’un d’eux, c’était Claude Lucas, géologue et ami de François Bixel3*.
Pour en revenir à nous, voici la composition des cordées: Jeannot grimpe avec André, Jean-Pierre est avec Alain Cassé puis l’autre Alain et moi- même. Jeannot ouvre la marche, je la ferme.
On progresse doucement, on profite du beau temps, de la vue magnifique sur le Vignemale puis plus haut sur gavarnie.
La première difficulté se présente : le dièdre de la « boite aux lettres. » Je le sors péniblement, mais pas en « Dulffer » ( tout le monde ne s’appelle pas Hubert Dedieu)4*. Jean-Pierre n’est pas dans un grand jour : il me demande en catastrophe de lui envoyer ma corde pour l’assurer.
Apres une petite halte pour nous remettre de nos émotions, nous repartons lentement. Au niveau des flammes de pierre, je constate que cela manque de terre,et c’est plus aérien que la Sud-est5*.
Nous atteignons enfin la fameuse « proue de navire ». Il m’échoit l’honneur de gravir le premier ce fameux mur. Il m’apparaît très redressé mais avec des prises partout. Encore deux longueurs et nous voilà au sommet. Top-chrono ! 6 heures exactement de la brèche au sommet…Un record !!! …
Nous cassons la croûte en profitant de la fin d’un bel après-midi d’automne sur le Néouvielle.
A seize heures trente, il est tant de redescendre. ( C’est qu’on n’est pas d’ici.)
On range le matériel et l’on prend le piolet car l’hiver est déjà là, sur le versant Nord. A travers les amas de rochers enneigés nous cherchons la brèche sur l’arête du Ramougn qui doit nous permettre de rejoindre le « Pas du Chat ».Seul, Jeannot connaît ce passage. Nous désignant un vieux névé, il annonce fièrement « C’est là que Gérard s’est cassé la gueule le mois dernier, alors on y est presque ! »
En effet, nous nous trouvons au pied d’un couloir enneigé, gelé, pentu et très étroit. On hésite devant un passage tout verglacé. N’écoutant que mon courage, Jeannot m’ordonne de chausser mes crampons, de franchir le passage et de poser une corde fixe. Je serais ingrat si je ne précisais pas qu’il avait forcé le passage gelé avant moi et sans crampons, mais pensant à sa femme, à ses enfants, ses vélos etc…
J’ai donc chaussé mes crampons, négocié le passage verglacé, atteint la brèche et posé la corde fixe sur un cairn (un très gros) au grand dam de Gutenberg6* et tout le monde est passé…
Nous prenons vite la direction du pas du Chat que nous atteignons à la nuit tombante. Nous dévalons le chemin des terrasses que nous perdons vite dans la nuit. Apres avoir errés et tournoyés pendant une bonne demi heure et nous être copieusement disputés sur la direction à prendre (à gauche ! … Non, à droite !).
Nous tombons d’accord pour partir à gauche, et vers huit heures, nous rejoignons nos voitures, après quatorze heures de course…

Yves Costes
La Serre de Cazaux, novembre 1973.



*(1) : J’ai noté « Alain ? » car je ne connaissais pas encore son nom de famille ; depuis j’ai appris qu’il s’appelait Dupré et il fut bien des fois mon compagnon de cordée ou de randonnée pendant de nombreuses années.
*(2) : Avec le recul, je me rends compte que c’était en fait la deuxième qui était la bonne, mais à l’époque, nous ne savions pas le voir.
*(3) : C. Lucas, géologue au B.R.G.M., originaire de Sarancolin, camarade de fac de mon ami François Bixel qui me fit découvrir la montagne à l’adolescence.
*(4) : Un ex camarade, devenu guide, qui passait à l’époque pour un bon grimpeur.
*(5) : Arête sud-est des Spigeoles, que j’avais gravi un mois avant avec Hubert Dedieu.
*(6) : Surnom d’André Chaignon ( allusion à sa profession d’imprimeur).






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