Carnet de route

Arêtes du Pt Alharisès, de la Mourelle, et des Trois conseillers

Le 14/07/2017 par Yves COSTES

Découverte des arêtes du Néouvielle

 

Quoi de plus formateur, pour un apprentis alpiniste, que des courses d'arêtes...

L'intitulé de la sortie pourrait laisser penser que nous allions parcourir des voie peu explorées, des crêtes oubliées ou des itinéraires peu usités, par exemple, la crête des Cintes Blanques, l'arête Badet-Pic Long ou une méchante arête du Pic Méchant ou de l'Espéracade... point du tout ! Il était prévu au programme tout ce qu'il y a de plus classique, de plus couru, de plus célèbre :

  • Premier jour, la crête du petit Alharisses

  • Deuxième jour, la célèbre crête de la Mourelle

  • Troisième jour, l'inévitable arête des Trois Conseillers.

 

Voilà de quoi allécher des montagnards épris de grands espaces, de beau rochers et de belles aventures. Je pensais voir venir des novices de la montagne ou des « qui s'ennuient sur la résine et qui veulent prendre l'air » …

Les premiers inscrits (Didier, Pierre, Thomas) furent en fait, de nouveaux adhérents, déjà montagnards mais voulant acquérir de la technique de progression encordée, en terrain peu à assez difficile, ou l'assurage en mouvement. C'est exactement ce que nous souhaitions pratiquer. Les autres participants furent des grimpeurs ou des montagnards ayant déjà de l'expérience et voulant s'exercer à poser des points d'assurage (sangles ou coinceurs) et installer des relais.

 

  1. Premier jour : la crête du petit Alharisses.

Nous finissons de nous extirper du brouillard au dessus du parking d'Artigusse et nous montons jusqu'à Cap-De-Long. Déjà des pêcheurs sont postés sur les rives et des cordées se préparent à en découdre avec les voies du parking.

Nous remontons le petit cirque, très raide qui nous mène vers notre destination. Au bout d'une bonne heure de marche, nous arrivons au départ de notre voie . Chose curieuse, deux cordées ont déjà entamé la première longueur. Ils ont assez d'avance et ne nous gêneront pas.

Encordé par deux, nous progressons dans un beau granite sur des dalles inclinées. Au bout de soixante mètres comportant quelques passages de III, nous gagnons le fil de l'arête, dans une petite brèche. Quelques murs raides succèdent à des passages horizontaux sur de gros blocs licheneux. Ce que nous apprécions, c'est la facilité à poser de l'équipement : une sangle sur un gros béquet, un coinceur dans une fissure idéale ou un Friend qui agrippe le grain du rocher.

Bientôt nous sommes au point le plus impressionnant de la course : une lame horizontale de trois mètres de long, qui s'effile jusqu'à une brèche étroite. Le passage est très aérien et demande un peu de vigilance. On le passe généralement à califourchon , mais certains l'affrontent debout, sur le fil de la roche qui mesure au plus étroit, une vingtaine de centimètres. Il faut ensuite enjamber la brèche pour s'élever sur un mur raide de 6 mètres de haut. La suite est une succession de blocs de difficulté décroissante jusqu'au sommet. La-haut, nous retrouvons les deux cordées parties avant nous. Ils ont l'intention de bivouaquer là et cherchent en vain de l'eau … Nous redescendons à Cap-de-Long, boire une bière et manger une assiette de crêpes au Garlitz, (notre bistrot préféré).

Nous avons pris nos cartiers au camping de Fabian, tranquille, confortable et avec des douches chaudes...

 

    1. Deuxième jour : la crête de la Mourelle.

Thomas nous attend à l'entrée du Camping. Nous montons au lac d'Aubert et nous préparons les sacs : même matériel que la veille avec quelques dégaines en plus. La météo est toujours aussi bonne. Nous montons au col d'Aubert et descendons par un infâme couloir croulant dans le vallon Det Coubous. Mireille se laisse distancer, titillée par une douleur lombaire. Après un champ d'énormes blocs, nous remontons à la Hourquette de Mounicot, départ de notre arête. Au moment ou Mireille va nous rejoindre, nous la voyons s'écrouler sous son sac, terrassée par une douleur très vive. Nous la, soutenons, l'installons le mieux possible et après une brève analyse de la situation, il faut se résigner à la faire évacuer. Le chemin est vraiment trop accidenté pour pouvoir revenir au parking avec une grosse lombalgie. … Finalement, tout se passe rapidement : Jean-Marie parvient à joindre le PGHM de Pierrefite (seul, son téléphone passe). Après une bonne demi-heure, un moteur se fait entendre. Très vite nous apercevons l'appareil, "Choucas 65" arrivant de Tarbes. Un premier survol permet de nous repérer et d'apprécier la situation. Puis l'hélico revient, très bas, avec un secouriste sur le marche-pied. Il est à notre hauteur. Le secouriste descend au bout du câble et par quelques gestes, guide le pilote qui le dépose exactement sur le col. Après s'être démousquetonné du cable, il monte à notre hauteur pendant que l'appareil s'éloigne. Il pose quelques questions à Mireille, pour évaluer la douleur. Avec précautions, il lui passe un baudrier tout en lui expliquant la manœuvre à venir. La sentant très inquiète, il essaie de la rassurer. Bien qu'elle ait déjà vu et participé à des secours héliportés, elle n'a encore jamais imaginé qu'elle serait un jour la principale intéressée ! Le « EC-145 » se présente à nouveau, tout près, dans un bruit infernal, le câble est descendu. Le gendarme vérifie une dernière fois les arrimages, de Mireille, de son sac, du sien et de lui-même, le filin se tend, et lentement, nous les voyons s'élever dans les airs pendant que la machine s'éloigne. Nous regardons encore la "grappe gendarme-Mireille", remonter vers la cabine et enfin, disparaître au loin. ..

il faut revenir à notre objectif, la crête de la Mourelle. Elle est là, devant nous sous forme d'un clocheton de granite couvert de lichen. Nous l'abordons par une cheminée avec de beaux passages de III. Après une brèche, je me retrouve dans un passage très étroit ne parvenant à le passer qu'en abandonnant mon sac sur une vire. J'installe le relais au sommet de l'aiguille, assez spacieux. Mon compagnon me rejoint après s'être faufilé non sans mal, dans l'étroiture. Jean-Marie nous fait passer nos sacs, et nous rejoint au sommet. Thibaut a choisi un autre passage sur le versant nord par une dalle fine sûrement plus agréable que notre cheminée. Nous enchaînons sur les clochetons suivants dans du très beau rocher et dans des difficultés modestes. Enfin nous abordons le passage « phare » de notre course : une dalle fissurée de vingt mètres, très redressée, avec, en dessous un vide impressionnant, appelée « la dalle du Colonel ». Nous laissons à Thibaut, le soin de passer le premier. Très bon grimpeur, il surmonte le passage avec brio, en l'équipant de friends et de sangles afin de sécuriser la longueur. Les autres cordées se succèdent dans le dernier passage de l'arête puis nous arrivons par des rochers faciles au sommet du bastion.

Nous avons reçu un message de Mireille qui nous donne des nouvelles rassurantes : rien de bien grave mais il faut qu'elle se repose en économisant son dos...

 

3 . Troisième jour : L'Arête des Trois Conseillers.

Nous avons décidé de partir tôt car l'approche est longue. Nous quittons le lac d'Aubert à 7h30, et partons en direction du Pas du Gat. Nous redescendons par des rochers raides pour prendre pied sur les terrasses de Cap-de-Long qu'il faut suivre jusqu'au cirque sud du Néouvielle. Nous passons au pied de voie d'escalade aux noms évocateurs, qui pourront être des objectifs futurs (Raisin d'Ours, Parking Sauvage, Barjo-Land ou Flagrant Délice...).

Le cirque sud est un amoncellement de roches plus ou moins stable ou l'on doit trouver le meilleur passage. Habituellement, la neige facilite la progression, mais cette année il ne reste déjà plus rien. Seul un névé persiste tout en haut et entrave l'accès à la « vire Batan », cette vire en diagonale qui nous permet d'atteindre la Brèche du Néouvielle. Nous pension passer dans la Rimaye mais celle-ci, trop étroite, ne permet aucun passage. Le névé est très raide. Nous décidons de passer sur la lèvre supérieure qui a été aplanie par les passages successifs. L'endroit est impressionnant et nous n'avons pas droit à l'erreur. Certains préfèrent -sage décision- s'encorder pour la traversée.

Le départ de la vire est étroit et malaisé. Plus haut, elle s’élargit mais demande encore beaucoup d'attention car le rocher est médiocre.

Dix heure, brèche du Néouvielle. Nous sortons le matériel et formons les cordées. Thibaut partira devant avec Pascaline et Nico. Ils grimperont sans nous attendre car ils ont un impératif d'horaire, cet après-midi. Jean-Marie, Pierre, Didier et Yves forment les deux autres cordées.

Le départ, facile se fait à corde tendue puis l'arête se redresse et nous tirons quelques longueurs. Nous abordons le fameux dièdre de la Boite-aux-lettres. C'est un passage redressé sur un rocher magnifique avec une fissure idéale...pour avaler tous les friends qu'elle veut ! Il y en a presque un demi-douzaine. Ensuite, viennent les élégantes « Flammes de Pierre », aériennes à souhait. Enfin, nous atteignons le dernier passage, le mur de la Proue de Navire, avec ses grosses fissures arrondies. Nous arrivons au sommet dans la foule des randonneurs et à la fin d'un séjour bien rempli qui nous laisse des souvenirs intenses.

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