Carnet de route

Arête PASSET au MARBORE

Le 06/07/2012 par Yves

Arête PASSET*

Pour tout vrai Pyrénéiste, le parcours de cette arête doit figurer dans son carnet de courses et bien que ne l’ayant pas encore faite, j’y pensais depuis longtemps. C’est pourquoi, lorsque Fred l’a programmée, j’ai sauté sur l’occasion…

Dimanche 24 juin 2012 : en descendant de l’arête sud des Sarradets, nous faisons une petite visite au refuge de la Brèche pour réserver des places pour cette prochaine course, mais la gardienne nous indique qu’il n’y a plus de place pour le 6 juillet pas plus que pour tout autre jour du mois ! Nous camperons donc à côté du refuge. Cela ne fait que quelques kilos de plus à monter.

Vendredi 6 juillet au matin de notre départ, Fred appelle le refuge et on lui annonce que trois places viennent de se libérer. Mais comme Hans et Jacquou viennent de nous rejoindre, il est décidé que les deux plus jeunes bivouaqueront, laissant les places en refuge aux plus âgés. C’est ainsi que deux jeunes et trois plus âgés arrivent vendredi soir au refuge de la Brèche sous un ciel très bas. Quelques rafales de vent d’Espagne nous font frissonner. La météo est pourtant bonne pour le lendemain et après un bon repas (couscous) nous nous couchons (les vieux dans le dortoir et les jeunes sur la terrasse).

Samedi 7 juillet : Le réveil sonne à cinq heures. La météo n’a pas évolué et les rafales espagnoles ont sévi toute la nuit. Nous partons un peu avant six heures alors que le jour se lève laborieusement. Nous marchons à flanc de pierrier en direction du cirque. Nous avons repéré la veille un semblant de sente qui nous mène dans la bonne direction. C’est dans une série interminable d’éboulis que nous progressons, tantôt stables, tantôt glissants et se dérobant sous le pied. De temps en temps, un cairn nous guide dans notre progression. Profitant d’un gros névé, nous prenons de l’altitude pour gagner le pied des parois nord de la Tour, noires et dégoulinantes. Plus loin, nous chaussons les crampons pour traverser un autre névé pentu. Fred nous désigne une grosse cheminée avec des surplombs ruisselants. « Voilà le départ d’Aloïs, une grosse voie hivernale ! ». Je suppose que tapissée de glace, cette paroi doit être plus avenante. L’itinéraire est maintenant plus évident et plus facile. Nous serpentons par des vires et des couloirs et atteignons une grosse épaule qui nous permet de descendre en pente douce vers le glacier de la Cascade. Désormais le terrain est plus facile et beaucoup moins pentu. Nous faisons une halte sous le glacier (ou ce qu’il en reste) pour boire et manger une barre. La Brèche Passet se trouve 178 m au dessus de nous. Une grosse moraine à remonter, puis un névé raide et une longue nervure rocheuse nous y conduisent. Nous nous blottissons sous la brèche, côté nord, abrités des rafales glaciales qui continuent de nous harceler et nous nous équipons. Il est 9h30. Nous sommes parfois enveloppés de nuages, parfois une timide éclaircie laisse apparaître le fond du cirque et le village baignés de soleil. Fred prend la tête de la première cordée. Mireille et moi sommes ses seconds. Jacquou fait équipe avec Hans. Nous débutons par une longue traversée horizontale dans de grosses cannelures de rocher parfois douteux, afin de gagner le fil de l’arête, puis nous  nous élevons directement dans un mur redressé et l’escalade devient agréable. Nous grimpons parfois en faisant des relais, parfois à corde tendue. Le rocher est beau, mais demande partout une grande vigilance. Certains passages au fil de l’arête sont très aériens et offrent une vue impressionnante sur le glacier de la cascade. Nous arrivons au pied du « Grand gendarme » ( rien à voir avec un de nos amis). C’est  le passage clé de la course. Fred sort le topo de sa poche pour s’assurer du cheminement. Il s’agit de contourner l’obstacle par une série de passages, dièdre, vire, petite descente puis remontée et enjambement d’une petite brèche afin de se retrouver en plein gaz, versant sud, au-dessus  du glacier de la Cascade. Nous reprenons le fil de l’arête, effectuant une traversée et en escaladant une cheminée redressée, le tout sur du rocher magnifique avec de bonnes prises. La cotation IV+ ne démérite pas ! La montée reprend sur l’arête jusqu’à un autre gendarme qu’il faut franchir par une escalade amusante en se faufilant à travers des blocs surplombants et en sortant sur un feuillet étroit. Des anneaux de rappel, posés au pied du gendarme pourraient nous inciter à descendre d’un côté ou de l’autre mais nous ne nous laissons pas influencer. La suite devient plus simple. Nous tirons à corde tendue sur l’arête qui devient plus débonnaire et nous apercevons dans les déchirures de la brume le sommet qui se rapproche. Enfin la crête se fond dans la masse caillouteuse et nous avançons sur des éboulis croulants jusqu'à venir butter sur une congère. Au-dessus, nous sommes sur un vaste pierrier battu par le vent  juste en dessous du sommet du Marboré.  14h30, 3135m, Il est temps de se congratuler, de ranger le matériel et … de penser à la descente. On devrait toujours commencer une course en pensant à la descente et en consultant les topos qui la décrivent. Nous réalisons que nous l’avons un peu négligé.  Le paysage est vaste avec des traces de cheminement un peu partout. Nous ne savons pas trop quelle direction prendre. Une ligne de cairns nous amène vers un col bien marqué  qui nous parait être le col de la Cascade. Les nuages qui encapuchonnent les sommets nous empêchent de les reconnaître et après avoir erré sur un désert de pierres, nous descendons par un chemin de mieux en mieux marqué. Fred prétendant qu’il faut plutôt descendre, moi d’avis de rester en altitude et de marcher vers l’Ouest, nous descendons finalement pour « nous rendre compte ». Nous finissons par apercevoir en contrebas le chemin du refuge de Goriz, traversant le plateau de Millaris. Il faut remonter, chacun en convient. Nous cheminons sur des croupes rocheuses pensant toujours arriver au col des Isards, mais nous en sommes encore loin. Heureusement, Jacquou qui est devant car il est le moins fatigué (c’est normal, c’est le plus jeune), trouve une ligne de cairns qui emprunte une vire à flanc d’une falaise que nous décidons de suivre. Une déchirure des nuages nous permet d’identifier la Tour et la vire très aérienne nous rapproche sensiblement de notre but. Nous sommes cependant au-dessus de cette barre sans savoir comment nous pourrons en descendre. Les cairns nous amènent finalement à une série de cheminées fort raides que Jacquou sans hésiter se met à désescalader. « Vous pouvez y aller, c’est facile ! »  Effectivement, la descente s’avère assez simple et nous atteignons l’étage inférieur. Ensuite je reconnais un passage caractéristique qui mène à la Tour et nous arrivons dans le petit cirque au dessous du Casque. Peu après nous sommes au col des Isards et  nous remontons péniblement à la Brèche. Nous regagnons le refuge à 18h après douze heures de course ! C’est une journée bien remplie…

Cette expédition peut donc se diviser en trois parties : la première, la traversée du cirque par le deuxième étage, représente une course à part entière ; la deuxième , l’ascension de l’arête, constitue le temps fort de l’itinéraire ; la troisième, le retour, n’est surtout pas à négliger et une bonne connaissance du versant sud, vaste et compliqué, assure un retour « confortable » après une journée conséquente.

Frédérickq a mené cette entreprise de main de maître. Son itinéraire a été bien préparé et il a su mettre à profit ses souvenirs (vieux de trente ans) de ce parcours loin d’être une promenade de santé. La cordée « Ineichen » a renforcé l’équipe ajoutant  sa solide expérience, sa bonne humeur et sa santé… « de chêne »**

* Première ascension en 1938 par R. Chevalier, R. et J. Mailly. Apparemment, l’origine de ce nom vient de Laurent Passet qui a effectué la première traversée de la brèche  qui porte son nom et les premiers ascensionnistes de l’arête, l’ont nommé « Passet ».

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