Carnet de route

Le 13/03/2010 par Yves Costes

Stage « Glace, niveau 2 » Pour l'occasion, le chef nous avait concocté un programme de choix : une cascade nichée au fond du vallon de Trigoniero. C'est un discret vallon qui baille sur la vallée de Bielsa en rive gauche au niveau de l'ancien poste frontière. Il est tellement discret, perdu dans la forêt de sapins, qu'on ne le remarque même pas lorsqu'on descend la vallée. Pour ma part, je n'y étais encore jamais allé, bien qu'en septembre 2009, j'avais programmé une rando par là mais un contretemps m'avait empêché de la réaliser. Donc nous sommes 6 stagiaires affairés à nos préparatifs, au départ du sentier. Les cordes sont enfouies dans les sacs, les piolets sont sujets de polémiques, de critiques et de caprices d'enfants gâtés : "Moi, je veux les cobras*! - Ah, non, c'est moi qui les prends, tu n'as qu'à prendre les scratchs*! - Et ces vautours*, ils ont la lame émoussée ! Je ne veux pas grimper en tête avec ces rognes !" Je ne peux m’empêcher de penser que dans les années 70, les pionniers de la glace grimpaient avec un seul piolet droit … C'est alors que Serge (le septième homme) montre qu'il est le chef en donnant ses directives et en faisant activer tout le monde car d'autres grimpeurs arrivent, prêts à en découdre avec la glace . Nous partons par un sentier encore bien encombré de neige dure et qui serpente dans la forêt. Trois quarts d'heure plus loin, le vallon s'élargit, la forêt s'éclaicie et nous voyons sur la rive opposée de belles lignes de glace dans des ravins sombres qui rayent le versant Nord. Déjà Serge arrive à pied d'oeuvre sous une cataracte blanche aux reflets bleutés qui a fière allure. Elle est surmontée d'un deuxième ressaut assez raide lui aussi qui se termine par un passage apparamment étroit . Puis vient un couloir plus couché qui doit terminer notre goulotte. Nous nous équipons au pied de la base de la cascade. Christelle (seule femme du groupe), dans son enthousiasme, a commencé à remonter le cône de départ ; mais sans crampons cela devient problématique. Christian, en homme galant, lui propose de l'aider à les enfiler. Ca n'est pas si simple car il faut d'abord les règler. Les voilà donc dans une pente à 35° avec de la neige jusqu'au genoux, jouant de la clé de 7 et du tournevis pendant que Serge qui a déjà entamé l'escalade, les bombarde d'assiettes ! Il faut se mettre à l'abri sur le coté mais se déplacer sans crampons sur cette pente raide est un peu hasardeux. Les crampons démontés sont fourrés dans le sac et les outils dans la poche. Fred lance un brin de corde à la demoiselle pour l'aider à se hisser jusqu'à une niche abritée. Entre temps je les rejoins et j'aide Christelle à finir son bricolage et son chaussage. Serge, au premier relais, est prêt à assurer les seconds. Gille commence mais Christelle, pas encore prête (Ah ! ces femmes !) est remplacée par Nico. Elle grimpera donc derrière Christian. Frédérickq et moi formerons la dernière cordée. Christian démarre et progresse sur la pente de glace prudemment. Les piolets ancrent bien, les crampons griffent la surface et les broches se succèdent. La paroi étant assez large, Frédérickq attaque parallèlement à Christian. Je pensais avoir froid pendant les temps morts car avant de passer le tunnel, il faisait -12°. Sur le versant Espagnol il y a 6° de plus , ce qui donne une température tout à fait acceptable et la glace n'est pas très dure mais tout de même sèche. Frédérickq atteind le relais pendant que Christelle entreprend l’escalade. Elle reprend avec application les gestes révisés un mois plus tôt : un planté précis des piolets et l’utilisation des reliefs de la glace pour les placements de pieds. Les manivelles des broches facilitent grandement la récupération du matériel. Je grimpe à ses cotés, jetant un coup d’œil sur sa progression et l’encourage. Tout va bien, et chaque pas vers le haut est une satisfaction. Le relais est spatieux : nous sommes sur un replat enneigé. Serge a planté une broche et confectionné un « Abalakov »**. Il est déjà au relais suivant, sur un arbuste, 20m plus haut dans un ressaut vers la gauche et ses seconds l’ont rejoint. Alors que Christian et Fred s’activent dans la deuxième longueur, Serge bataille dans le ressaut de la troisième. La glace est cassante et une volée d’éclats dégringole, sur les Espagnols qui nous talonnent. Stoïques, ils laissent passer « l’orage ». Après l’installation laborieuse du relais, Christian fait monter Christelle. Fred, pendu à un petit pin m’invite à monter. Je le rejoins et m’installe un peu plus haut où je retrouve Christelle et Christian. Celui-ci repart aussitôt pour le passage délicat de la troisième longueur. Il progresse avec délicatesse et détermination. La sortie du passage est malaisée car la glace disparaît, laissant place à des rochers et de la neige. Après une hésitation, il fini par passer en griffant le rocher au passage. Le leader Espagnol progresse à notre hauteur. Nous l’invitons à nous doubler car il serait difficile de monter à deux de front. C’est un plaisir de voir ses gestes mesurés, ses placements de piolets sans brusquerie, juste par crochetage dans des trous, ses poses de crampons d’une précision millimètrique. Il finit par disparaître au dessus, pendant que Christelle s’élance. Je la suis et nous nous retrouvons bientôt dans un large couloir enneigé, à la pente débonnaire. Serge a déjà descendu le premier rappel. Fred me propose de faire la dernière longueur en tête et sans attendre la réponse, place trois broches sur mon baudrier. La pente est très couchée et j’ai l’impression de progresser à « quatre pattes ». Je croise Gille puis Nico et je place une broche au niveau d’un léger ressaut. Plus haut,la glace devient fine et transparente, laissant voir l’eau courrir dessous. Je me fais aussi léger que possible pour négocier ce passage et je parviens au sommet du couloir sur de la neige dure. Je rejoins Christian et Christelle, qui sont blottis sous un pin tortueux où est posé le relais, un écheveau de sangles muni d’ un gros maillon. Pendant qu’ils préparent leur corde, je fais monter Fred. C’est pour lui une formalité et il a tôt fait de me rejoindre. Il n’y a plus qu’ à se lancer dans la descente , une succession de trois rappels, pour retrouver les autres qui doivent déjà être en bas, au soleil… Yves *Cobras, Scratch, Vautours : Ce pourrait être des noms de piolets. Comme les fabricants n’ont pas daigné me sponsoriser, j’ai préféré les inventer que de citer leurs vrais noms. **Abalakov : cela consiste, à l’aide d’une broche, à forer deux trous espacés de quelques dizaines de cemtimètres et se rejoingnant dans la masse de la glace pour y enfiler une sangle afin de créer ancrage pour un relais ou un rappel.







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